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Toulon, exclusif : Horace Lanfranchi, président du Conseil général : « Vivement la retraite » ? Et attention au front !

Toulon, exclusif : Horace Lanfranchi, président du Conseil général : « Vivement la retraite » ? Et attention au front !

Président du Conseil général du Var depuis 2000, soit quinze ans à la tête de l’institution, Horace Lanfranchi tourne la page puisqu’il ne se représente pas aux prochaines élections départementales, aspirant désormais à une retraite paisible loin du tumulte de la vie politique. Pour son dernier entretien à la presse, il se confie à TELEX, s’exprimant sur les enjeux des élections départementales et sur l’avenir du département.

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Horace Lanfranchi dernier président du Conseil Général du Var

 

Comment se portent les finances du département ?

Les finances du Conseil général comme celles de nombreuses collectivités sont mises à mal. Depuis dix ans le décalage entre ce que le Conseil général verse aux bénéficiaires d’aides sociales et le montant de la dotation de l’Etat pour le financement de ces dispositifs, ne cesse de s’accroître. L’Etat rembourse le Conseil général sur la base du nombre d’allocataires d’il y a dix ans. Or rien que pour le RSA, ce chiffre a augmenté de 10% en moyenne par an. Ainsi, la non compensation par l’Etat à ce jour s’élève à plus de  900 millions d’€. C’est le contribuable varois qui finance ce décalage entre dépenses obligatoires et recettes.

Vous dénoncez les effets néfastes de la décentralisation ?

L’Acte 2 de la décentralisation me paraissait un acte majeur en élargissant le champ d’action du Conseil général. Ce qui est extrêmement grave, c’est que personne ne peut nier l’importance du rôle du Conseil général dans le domaine social. Ce qui est contestable, c’est le fonctionnement du système aujourd’hui et son mode de financement. 

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Horace Lanfranchi interviewé par J-P Gastebois

 

IMPASSE FINANCIERE

Est-ce l’impasse financière ?

C’est vrai que la situation financière du département est délicate. Mais, comme l’a montré la chambre régionale des comptes dans son analyse il y a quelques mois : les difficultés auxquelles nous sommes confrontées ne sont pas dues à la gestion du département mais aux conséquences de l’Acte 2 de la décentralisation ! On a renforcé certaines compétences, sans nous transférer les dotations nécessaires.

Quelle issue pour le département ?

Je suis persuadé que la disparition du département est programmée. On constate que du côté du gouvernement, c’est une valse-hésitation totale. Aujourd’hui, en tant que futur retraité, j’ai une certaine liberté de parole. A mon avis, en 2017, les régions, les métropoles auront d’importants pouvoirs. De la même manière, les intercommunalités vont monter en puissance. On ne se méfie pas, mais derrière ce phénomène s’annonce la disparition programmée des petites communes !

Qu’en est-il de l’avenir des départements ?

Le gouvernement socialiste voulait créer des départements ruraux à côté des métropoles et donner des pouvoirs supplémentaires à la région. On assiste au plus bel enfumage que la République a créé. On discute encore des futures compétences des départements. Mais comment peut-on discuter de l’avenir d’une collectivité quand, dans un même temps, on programme sa disparition ? Le gouvernement socialiste a une dialectique fabuleuse. Quel est l’intérêt de nouvelles compétences puisque le département est condamné à disparaître. On assiste à un enfumage dans un but électoral alors qu’il n’y a pas de réelles réformes structurelles !

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DES REGIONS PLUS FORTES

En donnant de plus grands pouvoirs à de grandes régions ?

Cette réforme des régions, c’est uniquement pour donner des gages à l’Europe. Comment peut-on laisser imaginer que ce sont les départements qui ruinent notre pays ! On critique les collectivités locales, on les rend responsables en partie de la dette publique. Pourtant, les collectivités locales, elles, ne peuvent voter leurs budgets en déficit. Seul l’État se le permet. Pour les départements et les communes qui le feraient, ce serait la mise sous tutelle immédiate.

Comment l’État peut-il soutenir les collectivités locales compte tenu du déficit du budget de l’État ?

Malgré la baisse de dotations de l’État, nous devons, sans état d’âme, participer à l’effort de redressement et assurer la solidarité nationale. Mais l’Etat doit aussi remettre à plat ses dépenses.

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SERVICES PUBLICS

Pourtant le Conseil général assure des missions de services publics ?

Les maisons du territoire ont vocation à être les maisons de services publics. Les services publics de proximité, ce sont les services départements et les services communaux. Les Varois y sont attachés. Ce n’est pas en supprimant un niveau mais en renforçant les cohérences et les complémentarités. Le département peut être solidaire avec une commune mais ne peut se substituer à la commune. 

Quelle est votre plus belle réalisation ?

La rénovation des 71 collèges sans oublier la construction de  gymnases ou encore l’amélioration de la qualité de  la restauration scolaire. Regardez aussi l’état de nos routes, on peut en être fier. Nos investissements en matière culturelle ont été considérables aussi. On s’est endetté de 700  millions d’€ d’investissements, mais, en 2019, on retrouve une marge de financement égale à 0, c’est à dire comme en 2002 ! Je suis fier également des maisons du territoire. J’aurais aimé les rendre encore plus opérationnelles, qu’elles ne le sont. Le métier d’instituteur m’a aidé dans la fonction. J’ai appris à écouter, on ne sort pas indemne d’une vie d’enseignant. Je n’ai jamais cherché à être président du Conseil général. C’est arrivé par la force des choses en prenant la succession d’Hubert Falco en 2002, touché par le cumul des fonctions. Mes collègues ont pensé que je pouvais faire l’affaire. Quand vous arrivez à la présidence du Conseil général, on ne vous laisse pas le temps d’avoir des états d’âme.

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BONNE CHANCE A MON SUCCESSEUR

Sur les enjeux des élections départementales ?

Je pense que nous allons rester majoritaires. Le risque, c’est une très forte abstention. Si les gens viennent voter alors nous pourrons conserver la majorité. Mais avec le charcutage électoral opéré par les socialistes, on ne s’y retrouve plus. Les socialistes ont joué aux apprentis sorciers.

Qui sera votre successeur ?

Des urnes sortira une nouvelle majorité qui aura la charge d’élire un nouveau président. Je ne suis pas capable de dire qui et d’imaginer un successeur plusieurs semaines à l’avance. La seule voix qui compte, c’est celle des urnes. Ensuite, ce sera le moment pour moi de dire quelle serait ma préférence.

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Comment analyser le scrutin ?

C’est un moment fort de la démocratie locale. C’est la défense des départements qui est aussi en jeu !  Il faut se mobiliser pour que les gens viennent voter le 22 et le 29 mars. Si  on veut avoir le droit de râler, il faut aller voter, mais pas sur un mouvement d’humeur « parce que ce sont tous les mêmes » Mais il s’agit bien du contraire ! Nous ne sommes pas tous les mêmes ! Il y a ceux qui bâtissent, ceux qui travaillent, qui donnent beaucoup de leur temps pour que notre société soit plus juste. Et il y a les autres !

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Pour conclure, le président du Conseil général a confié à TELEX qu’il allait profiter de sa retraite… pour lire quelques livres qu’il avait en retard et qu’il allait se replonger dans les œuvres de grands auteurs français. Une retraite qu’il compte active malgré tout car il lui reste ses responsabilités d’élu local en tant que premier au maire de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume. Mais une retraite qui ne l’obligera plus à partir très tôt de chez lui le matin pour échapper aux embouteillages de Toulon ! Chaque matin, le président arrivait à 7 heures 45 à son bureau du Conseil général. Une retraite qui lui permettra de parler encore et toujours de sa… grand-mère, sujet sur lequel il est intarissable ! « Attention au Front » sera son dernier avertissement en tant que président du Département. Bonne retraite Horace !

Propos recueillis par Gilles Carvoyeur et Jean-Pierre Gastebois

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Catégories : politique