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Hyères, Christian Simon, maire de La Crau : « Je ne suis pas magicien ! »

Hyères, Christian Simon, maire de La Crau : « Je ne suis pas magicien ! »

Le maire de La Crau se plaint de la baisse des dotations de l’Etat qui met en péril l’avenir de la commune. Il s’interroge sur l’avenir, craignant une disparition des communes au profit des intercommunalités et des régions. « Je ne suis pas un magicien et la planche à billets n’existe pas à la mairie », s’alarme-t-il, en exclusivité dans un long entretien qu’il accordé à TELEX.

christian simon

Comment se porte la ville ?

Entre 2012 et 2013, nous avons perdu 300 habitants. Cela m’a beaucoup étonné. J’ai eu l’explication par le Directeur de l’INSEE. Tous les ans, l’INSEE prend en compte un pourcentage de la population. Au bout de 5 ans, 40% de la ville est recensée. Ensuite l’INSEE fait une moyenne par habitant dans les logements. A La Crau, la taille des ménages a diminué, alors que nous avons de plus en plus de logements. Ainsi, nous avons fermé une école parce qu’il y a moins d’enfants à scolariser.

Qui vient habiter à La Crau ?

Avec le Programme Local de l’Habitat, nous avons réalisé une étude pour savoir qui vient se loger à La Crau. On constate que le taux de renouvellement est faible. Les gens qui viennent habiter à La Crau y restent. Les jeunes souhaiteraient y rester mais ils ont des difficultés tant le prix du foncier est élevé. Pour la même raison, les primo-accédants ont des difficultés pour se loger. Les personnes qui viennent habiter sont celles qui sont sur un deuxième projet (elles ont quitté un appartement pour habiter une maison). Nous avons aussi des actifs autour de la cinquantaine qui viennent s’installer à La Crau mais ces derniers ont peu d’enfants au foyer. Résultat, nous sommes passés de 2,7 habitants par logement à 2,4 habitants, soit 0,3 habitant de moins par logement (population de 17 000 habitants contre 17 300 auparavant).

Comment faire face à cette difficulté ?

On pensait compenser cette baisse en créant, au Quartier des Maunières, 400 logements en centre-ville. Mais je ne suis pas très favorable à une surdensification du centre-ville. On recommence les mêmes erreurs que dans les années 60. Je conçois que cela peut choquer que l’on soit obligé de consommer des espaces agricoles ou naturels, mais ce qui me choque le plus, c’est d’entasser les gens.

christian simon

Doit-on urbaniser les zones agricoles ?

Non ! A la prochaine révision du SCOT, je demanderai de ne pas continuer à urbaniser les zones agricoles de la ville. Il faut que les gens sachent que ce sont les pouvoirs publics qui réclament cette densification. Ce n’est pas une volonté des élus que nous sommes. Tous les gouvernements depuis une quinzaine d’années vont dans le même sens. Mais la concentration des habitants a des limites. La Crau a conservé un aspect de village, une qualité de vie réelle et indéniable en appliquant le principe qu’aucun immeuble ne dépasse la hauteur de 4 niveaux. Je ne souhaite pas que la ville perde son âme.

Comment répondre aux objectifs de logements sociaux ?

C’est carrément impossible ! J’ai voté contre le Programme Local de l’Habitat à TPM. L’Etat nous impose des objectifs qui ne sont pas réalisables : trouver 5 hectares disponibles en centre-ville, cela n’arrive qu’une fois. On l’a fait avec Les Maunières. Toutefois, nous avons un projet de 100 logements au centre-ville de La Moutonne, mais ce projet est combattu par une association qui prône tout et son contraire. Comment créer du logement sans densifier avec mesure le centre-ville ou sans consommer des espaces ? C’est pour cette raison que les objectifs que fixe le Préfet ne peuvent être tenus. Sauf, à construire une tour, mais cela, je ne le permettrai pas !

christian simon

La Crau est-elle victime de l’étendue de son territoire ?

C’est certain ! La superficie de La Crau est presque égale à celle de Toulon (3800 hectares contre 4000 hectares). Il faut se souvenir que La Crau est issue du détachement de la commune de Hyères. A l’époque, la ville comptait des quartiers très éloignés : Les Martins – Maraval – Les Pourpres – La Moutonne et le bourg. C’était comme une commune à trois têtes avec une coulée verte entre chaque quartier. Sans parler des trois barrières artificielles qui nous traversent : l’autoroute, la voie ferrée et la RD98.

La ville est partagée entre différents quartiers. Comment la recoudre ?

Depuis mon arrivée à la mairie, j’ai essayé de redonner une certaine unité entre tous les quartiers. Ainsi, la réalisation du rond-point de Gavarry qui permet de raccrocher La Moutonne à la ville centre ou encore la jonction entre les Martins et La Crau. Même chose pour le Chemin de Terrimas en direction de La Garde. Par la suite, ce chemin sera équipé d’une piste cyclable qui rejoindra celle qui relie Le Pradet à Carqueiranne. De même, une piste cyclable, rejoindra le rond-point de la Vallée de Sauvebonne. J’ai vraiment la volonté de mailler les quartiers avec la ville.

christian simon

Comment aller plus loin quand l’argent manque ?

Effectivement, ce n’est pas simple quand on fait face à une baisse des dotations de l’État. A ce propos, je précise que ce sont des dotations et non des subventions. Les dotations sont des sommes que l’État s’est engagé à verser aux communes en compensation des missions de service public que les communes assument (affaires scolaires, état civil, routes, etc.).

Vous avez beaucoup souffert des inondations ?

Nous avons eu plus de 300 000 € de dégâts sur les voiries communales suite aux inondations de janvier 2014. L’État a évalué sa possible prise en charge à 9896 € prétextant que les chemins de la commune étaient trop vétustes. Finalement sur 318 000 €, nous percevrons zéro centime de la part de l’État !

christian simon

Comment voyez-vous l’avenir de la commune ?

Pour la commune de La Crau, je me pose des questions. Faut-il augmenter les impôts ou supprimer des services à la population ? Car il faut savoir que notre commune va perdre près de 5 millions d’euros en cumulé de dotations de l’État jusqu’en 2019. Comment compenser cette baisse ? En diminuant le budget de fonctionnement ? Avec 250 employés communaux, je peux difficilement aller plus bas. En baissant le niveau des services ? En supprimant des projets qui pourtant ne sont pas pharaoniques ? Les investissements sont pourtant nécessaires à la vie de la commune. Je ne suis pas un magicien et la planche à billets n’existe pas à la mairie ! Je pense faire une consultation auprès des Crauroises et des Craurois afin de m’aider à prendre de telles décisions qui doivent être partagées.

Recevez-vous de l’aide des autres collectivités ?

La Région m’a aidé les trois premières années de mon premier mandat. Mais depuis, elle est absente même sur des projets porteurs comme la zone horticole, concept que les élus régionaux trouvaient pourtant innovant. Pour le reste, le Conseil Général et TPM ont été des partenaires majeurs dans le financement de nos projets. On mutualise au maximum avec TPM et la ville de Carqueiranne. A l’avenir, je pense que nous allons être obligés de faire moins d’investissements, ce qui aura des conséquences pour les entreprises locales, comme le chômage. La Crau a investi 57 millions d’euros de 2008 à 2014. Si je dois réduire l’investissement, il sera probablement maintenu mais seulement à 20 millions d’euros sur ce mandat.

christian simon

Quelles seront les répercussions ?

Plus la commune sera dans la difficulté d’assurer des services, plus les administrés y seront également. Tout cela, parce que l’État ne veut pas faire le choix nécessaire au redressement des finances publiques. Il préfère le faire porter par les collectivités locales. En plus de ces difficultés, l’État ne nous dit pas les choses clairement !

C’est-à-dire ?

Quand on investit dans une école, on la finance sur plusieurs années. Mais comment faire une prospective à 15 ans sans connaître les recettes que l’on va perdre ? Pour assurer les services publics, comment va-t-on faire ?

christian simon

Comment analysez-vous le travail d’un élu ?

Le maire est sur le terrain et c’est lui qui en prend plein la tête ! Prenez les rythmes scolaires : le gouvernement a transformé les rythmes gérés par la commune sans en avoir financé le coût réel. Ce que je constate, c’est que l’Etat est en train de recentraliser, en donnant plus de pouvoirs à la Région, ce qui va tuer la proximité. Les gens ne se rendent pas compte du travail que réalisent les élus de nos collectivités. Le côté humain de la fonction, on est en train de le supprimer.

Quels sont les autres projets de la commune ?

Au niveau de la zone d’activités de Gavarry, j’ai toujours le projet de créer un rond-point pour sécuriser la desserte de la zone. Je pense qu’il serait possible de créer un échangeur pour l’autoroute sans grand frais. Je vais relancer ce projet auprès de Monsieur le Préfet. Cela ne peut se concevoir qu’avec l’aménagement d’une zone d’activités du Chemin Long entre La Garde et La Crau, avec la création d’un rond-point côté La Garde et un autre au niveau de la sortie de la ZA de Gavarry. Mais pour réaliser ces travaux, il faut que le PLU soit consolidé car il fait l’objet d’un recours depuis décembre 2012. Avec les obligations de la Loi Barnier, il sera sans doute nécessaire de transformer la RD 98 entre La Crau et La Garde en une voie douce et créer à la place une voie départementale le long de l’autoroute.

christian simon

Quels sont les enjeux des prochaines élections départementales ?

Il existe un lien nécessaire entre le département et la commune parce que nous avons des dossiers en commun, tels que le logement social, mais également le social en général, à savoir le RSA et l’APA. On travaille avec le Conseil Général de façon étroite. Il faut que les gens aient conscience de cette proximité. Il faut que les électeurs viennent voter parce que les communes ont besoin d’un département fort. Si les gens ne venaient pas voter, cela renforcerait l’idée que l’on peut supprimer les départements. Ce serait grave, car on ne pourrait plus porter ces projets.

A qui la faute ?

C’est le gouvernement qui a décidé de ce redécoupage. On a accusé le coup en découvrant le nouveau tracé. On se retrouve dans un canton dont les villes qui le composent font partie de 2 circonscriptions législatives, de trois intercommunalités et de deux SCOT. Il faut dire qu’administrativement, il n’y a aucune logique. Mais comme il faut toujours rester optimiste, je constate que par bonheur, le canton de La Crau, c’est une partie de Hyères, Bormes-les-Mimosas, Le Lavandou, La Londe-les-Maures, le Rayol-Canadel, et bien sûr La Crau. Je dois vous avouer que la diversité et la qualité de ces villes me donne un sentiment de fierté. Chacun des maires peut apporter une plus-value à ce canton. D’ailleurs, cela fait déjà quelque temps que l’on travaille ensemble (syndicats intercommunaux et SCOT).

christian simon

Propos recueillis par Gilles Carvoyeur

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Catégories : Interview