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Toulon, interview Michaël Gregorio : Je n’ai qu’une seule voix… la mienne !

Toulon, interview Michaël Gregorio : Je n’ai qu’une seule voix… la mienne !

Il est une grandeur que Michaël Gregorio ne peut pas revendiquer : sa taille ! Mais pour ce trentenaire d’1.62m aux allures plutôt décomplexées, ce qui aurait pu constituer une fragilité est devenu sa force, sa hauteur et sa rondeur. D’abord théâtrale, cette voix lui a ensuite ouvert les portes de l’Imitation, une prédisposition qu’il préfère évoquer dans la dimension émotionnelle qu’il apporte à sa galerie de personnages plus que dans la « copie auditive » des voix qui lui ont résolument ouvert… la voie du succès !

michael gregorio

Michaël Gregorio – crédit Alain Leroy

Depuis son premier spectacle en 2007, Michaël Gregorio n’a cessé de repousser toujours plus loin les limites de ses prouesses vocales, l’Imitation étant un champ trop étroit pour contenir toute l’originalité de ce jeune performer. Michaël Gregorio réinvente l’imitation à travers un spectacle créatif, théâtral, humoristique et surtout musical porté haut par les 4 complices qui accompagnent ses « live délires ». Véritable déclaration d’humour musicale, « En ConcertS » est un moment unique de rire et de rythme, de joies et d’émotions, d’énergie et de couleurs. Ce passionné de musique nous offre des voix nouvelles, des groupes incontournables, des duos improbables et le son (presque) authentique de la guitare de Santana ! On peut témoigner…

 

Comment a démarré votre histoire avec l’imitation ? Peut-on dire que c’est un don ?

Je n’aime pas trop parler de « don » parce que ce mot induit le côté inné, le « ça tombe tout cuit dans l’assiette » ! Or, ce n’est pas tout à fait ça ! On peut davantage parler de prédisposition mais quoi qu’il en soit, il y a beaucoup de travail derrière. En fait, j’ai commencé par le théâtre et rapidement, je me suis aperçu que je pouvais jouer avec ma voix, la transformer en fonction des personnages que j’avais à interpréter. J’étais très mince, très fin, il fallait donc que je trouve une certaine contenance à travers ce travail vocal. A côté de ça, j’écoutais Radiohead, Nirvana, et souvent je m’amusais à chanter à la manière de mes idoles…

michael gregorio bb brunes

Les BB Brunes est l’une des parodies préférées de Michaël Gregorio / photo©Christine Manganaro

A cette époque c’était « imiter » ou « chanter » qui vous plaisait le plus ?

C’était avant tout le théâtre mais effectivement, j’étais aussi un passionné de musique et j’aimais chanter tout court ! En fait, je chantais « à la manière de » mais dans mon esprit ce n’était pas de l’imitation.

 

L’imitation ne s’est donc pas révélée comme une évidence pour vous ?

Effectivement, c’est venu progressivement. J’ai commencé à m’enregistrer sur quelques voix et j’ai fait écouter aux copains qui m’ont poussé à travailler dans ce sens. C’est ce que j’ai fait petit à petit mais par rapport à d’autres imitateurs, j’ai découvert tout ça assez tard…

musicien hors pair

En plus d’être une voix hors norme, Michaël Gregorio est un musicien hors pair / photo©Christine Manganaro

Assez tard ?! Mais vous n’aviez pas plus de 17 ans au moment où vous vous êtes frotté à l’exercice de style…

Généralement, les imitateurs font ça depuis qu’ils sont enfants ! Moi, c’est venu vers 15 ans, ce qui est tard…

 

Justement, vous étiez encore adolescent lorsqu’en 2001, vous avez participé à l’émission télé « Graine de Stars » et connu une première reconnaissance du public qui vous a élu « Graine d’Imitateur ». Ce début vous a donné envie d’en faire carrière ?

Pas encore à cette époque car j’étais encore à l’école, en classe de 1ère. J’ai plutôt vécu cette expérience comme une aventure extraordinaire sans ambition particulière d’en faire mon métier. Mais cet épisode Graine de Stars était encourageant pour moi. Après, ce sont surtout les rencontres qui ont fait le reste…

imitation guitare santana

Un grand moment du spectacle lorsque Michaël imite la guitare de Santana / photo©Christine Manganaro

…Dont votre rencontre avec Laurent Ruquier qui a été, cette fois, assez décisive ?

Bien sûr mais cette rencontre a eu lieu beaucoup plus tard ! Avant cela, j’ai quand même passé mon bac, commencé des études de droit à la fac… Je me suis mis sérieusement à l’imitation et au chant lorsque j’ai réalisé que non seulement ça m’amusait beaucoup mais qu’en plus je pouvais en gagner ma vie…

 

Vous y mettre sérieusement… c’était prendre le parti de sortir des sentiers battus et de « dépoussiérer » le petit monde de l’imitation avec des voix nouvelles et inédites ?

On ne peut pas parler de « parti pris » dans la mesure où les choses se sont faites naturellement ! Au début, j’ai essayé de travailler des voix parlées mais ce n’était pas mon truc. Mon univers à moi était plus dans la sphère musicale et finalement, j’ai réalisé que je pouvais en faire un vrai spectacle. Quant aux nouvelles voix, c’est un peu normal aussi de retrouver des artistes de ma génération, non ?! Je n’ai pas fait d’étude de marché en me disant « Tiens, là il y a une place à prendre pour me démarquer des autres ». Et à vrai dire, au départ, je pensais même que ça pouvait être un handicap de ne pas faire de voix parlées et de ne pas suivre le chemin des autres imitateurs !

daft punk

Daft Punk s’invite aussi sur le plateau sous une fausse identité ! / photo©Christine Manganaro

Vous avez combien de voix à votre répertoire ?

Je n’ai qu’une seule voix… la mienne ! C’est pour cela que je n’aime pas faire la « liste » des voix que j’imite. Pour moi, le mot « imitation » sonne comme une copie, une sorte de contrefaçon. Or, je ne suis pas la « copie de » 50, 100 ou 150 voix… mon travail est plus axé sur les émotions que sur la ressemblance auditive. Le but est de retrouver tel ou tel artiste à un moment donné, sur une chanson donnée, à travers un texte ou un thème. Je n’ai pas, et je n’aurai jamais, la voix d’Hallyday ou de Brel, mais j’essaye de me rapprocher de ces personnages à travers une dimension extrêmement subjective…

 

piaf dans son ombre

Piaf dans son ombre, comme si la Môme veillait sur lui / photo©Christine Manganaro

Le théâtre vous a aidé à réaliser ce travail pour incarner ces personnages ?

Evidemment. Parfois même, je me suis rendu compte qu’en m’éloignant volontairement de la réalité et du travail vocal brut, j’obtiens plus de rondeur et finalement plus de justesse avec les émotions. Je le ressens dans des moments plus solennels comme ceux où j’interprète Brel ou Piaf. Mais c’est encore plus vrai pour le rire. Quand je fais les BB Brunes, je vais bien au-delà de la caricature pour recréer un personnage approprié et m’amuser avec lui. En fait, je pars d’un fil et je tire sur la ficelle jusqu’au bout !

parenthese acoustique

Une parenthèse acoustique, entouré de ses 4 complices musicaux / photo©Christine Manganaro

Justement, qu’est-ce qui vous donne envie d’imiter quelqu’un ? Les émotions que la personne vous inspire ou ses traits caricaturaux avec lesquels vous pouvez jouer ?

Ca dépend, c’est vraiment au cas par cas. Quand je travaille de grands personnages, j’aime bien aller en profondeur et connaître la vie de la personne, écouter ses chansons, aller la voir en concert car c’est le meilleur moment pour s’imprégner de son univers… Mais pour d’autres, je reste volontairement dans la caricature pour recréer autre chose autour du personnage.

 

Vous inventez beaucoup de duos entre vos personnages… !

Oui effectivement, j’adore créer des moments qui non seulement n’existent pas mais qui sont étonnants, voire improbables ! Lorsque Shakira a repris « Je l’aime à mourir » de Cabrel, ça m’a tout de suite inspiré un duo entre les deux artistes qui reste quand même plausible. Mais Grand Corps Malade avec les Bee Gees, ou bien encore David Guetta avec Edith Piaf, là ça relève de la pure fiction et c’est justement ce qui donne toute la dimension à ces séquences du spectacle. Et puis, ces « extravagances » et ces libertés sont rendues possibles par le fait de jouer en live avec des musiciens.

in the air tonight

In the Air Tonight revisité / photo©Christine Manganaro

Le spectacle En ConcertS tourne depuis plus de deux ans. La représentation que vous venez de faire au Zénith de Toulon était l’une des dernières avant de finir en beauté à l’Olympia ?

Ce spectacle a commencé début 2012 et en octobre s’est installé au Bataclan pour quelque temps. Puis il y a eu une grande tournée de deux ans, qui va se conclure effectivement à l’Olympia à la fin de cette année. Mais pour satisfaire tout le monde, on a dû prolonger un peu et donc il y aura encore quelques dates en province début 2015.

 

Si vous deviez caractériser ce spectacle en quelques mots ?

Je voulais surtout m’amuser avec les codes des concerts, moi qui en suis un gros consommateur ! Je voulais jouer avec toutes ces petites ficelles, que ce soit dans le jazz, la musique classique, le rap, l’électro, la variété, le rock…

bain de foule

Un artiste qui aime les bains de foule ! / photo©Christine Manganaro

Vos projets pour l’année 2015 ?

L’année 2015 débutera donc avec ces dernières dates de la tournée En ConcertS. Puis il y aura, à Pâques si tout va bien, la sortie de « Mune, le gardien de la lune », un film français d’animation dans lequel je double la voix d’un personnage aux côtés d’Omar Sy. Enfin, je prépare pour la fin de l’année 2015, un show un peu événementiel où l’on retrouvera les meilleurs moments de mes trois premiers spectacles. Un best-of en quelque sorte mais dont la mise en scène sera travaillée comme un vrai nouveau spectacle. Il y aura aussi des inédits pour continuer à mettre de la fraîcheur et surtout à surprendre les gens qui viennent me voir. Je pense, et j’espère, qu’ils ne seront pas déçus du voyage !

bain de foule

 

Propos recueillis par Christine Manganaro

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Catégories : Interview, Showbizz