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AVANT-PREMIERE POLISSE… UN FILM COUP DE POING

Maïwenn, comédienne, scénariste, réalisatrice, nous entraîne dans le quotidien de la Brigade de Protection des Mineurs. Une brigade à part où la misère est peut-être la plus sensible car c’est pour la plupart celle des enfants. Elle s’y est totalement plongée en nous offrant un film très maîtrisé, d’une force émotive inouïe.
C’est un film comme on en voit peu, une sorte de docu-fiction sans histoire mais avec des histoires où se recoupent, se croisent, s’entrechoquent, la vie du boulot qui se mélange étroitement à la vie privée, une vie difficile lorsqu’on voit à longueur de journée la détresse humaine, surtout lorsque c’est celle d’enfants et d’adolescents. Se mêlent aussi artistes chevronnés (Karin Viard, Marina Foïs, Sandrine Kiberlain, Lou Doillon, Anthony Delon, Nicolas Duvauchelle, certains ne faisant que passer) et amateurs superbement choisis.

Le film et fort, très fort, sans pathos ni voyeurisme et Maïwenn maîtrise à fond son sujet, le cerne avec beaucoup de finesse, de grâce, d’émotion et quelquefois d’humour pour alléger l’atmosphère pesante. Un bravo à JoeyStarr. J’avoue que jusque-là, je n’appréciais que très peu aussi bien l’artiste que l’homme. Là, à notre surprise, il campe un flic sincère, tendre, profondément humain et la scène avec ce gamin black qu’on doit arracher à sa mère est bouleversante.
Le film terminé, on reste cloué sur son fauteuil. On a pris une gifle magistrale et l’on reste longtemps immergé dans ce film à la fois très dur, très réaliste, très fort. Une grande réussite.

Mais alors que son film nous a totalement bouleversés, notre rencontre avec Maïwenn, encadrée du comédien Arnaud Henriet et du producteur Alain Attal, nous a terriblement déstabilisés. En effet, Maïwenn n’a pas été très chaleureuse ni prolixe en confidences, faisant trois photos à la va-vite et sans conviction, répondant aux questions avec un air absent ou exaspéré.
N’étions-nous pas à la hauteur ? Etait-elle stressée ? Son minimum d’intérêt et de participation nous a terriblement refroidis, surtout après l’effet qu’avait laissé sur nous la projection.

Maïwenn, comment avez-vous conçu cette docu-fiction ?
Ce n’en est pas une. Je fais des films de fiction, pas des documentaires et lorsque je fais un film, l’idée de départ vient du ressort de la révolte.

Cette révolte-là…
C’était bien sûr la détresse des enfants, leur malheur devant l’inconscience et la brutalité de l’homme. J’avais vu un documentaire sur cette brigade qui m’avait énormément touchée. J’ai eu envie de connaître ces hommes, ces femmes, de leur parler car ce sont des policiers à part.

En quoi sont-ils à part ?

Ils ont des motivations très intimes, très personnelles. Il y a d’ailleurs beaucoup de femmes. Ce ne sont pas des flics habituels, ce sont les seuls avec qui on a une empathie totale. Ce sont des Robin des Bois, ils parlent d’amour tout le temps et sont très attachants. Pour s’occuper du bonheur des autres il faut déjà être bien dans sa vie…
Ce qui est le cas ?
Non bien sûr, car chacun a ses problèmes, ses soucis et quelquefois, le tout se mélange.

Comment vous êtes-vous immergée dans ce milieu ?

J’ai fait un stage d’observation et après le stage, je me suis mis à écrire, en mettant bout à bout des histoires que j’ai vues, vécues. Je voulais que ça ressemble au quotidien, sans ostentation, sans trucs spectaculaires. Cette brigade a des moyens de fonctionnement très éloignés des autres. Pour moi, c’était une espèce inconnue, il me semblait être sur une autre planète. Je me suis énormément nourrie d’eux.

N’y a-t-il pas eu de droit de veto de la direction ?

Pas du tout. Nous avons eu entière liberté, même si, avouons-le, ils n’ont pas été très coopératifs. Ils ont surtout eu des réticences sur le fait que JoeyStarr joue un flic !

A ce propos, comment est-il sur le plateau ?

Il est ce qu’il est, c’est-à-dire assez compliqué, plein de démons mais très malléable. Il n’a pas ce côté mécanique, technique qu’ont les comédiens confirmés. Il est brut de décoffrage, ce qui fait sa force et ce qui rend certaines choses plus faciles.

Comment la brigade a-t-elle réagi au film ?

Ils sont tous très fiers… Et moi aussi ! Je redoutais beaucoup leur réaction. Tout comme je redoutais celle de Cannes…

Ce prix du jury était-il inattendu pour vous ?
En fait je n’attendais rien. J’avais déjà beaucoup travaillé sur ce film en l’écrivant, le tournant, le montant car j’avais 150 heures de films et j’ai eu trois mois de montage sur trois salles différentes en même temps. Ce qui fait neuf mois ! Une fois le film terminé, on est soulagé et j’étais satisfaite du résultat. Il y a donc eu la surprise et le bonheur d’être sélectionné et cela suffisait à mon bonheur. Et terminer avec un prix, c’est un cadeau, c’est magique…

Ça rassure ?
Oui… sur le moment. Mais après, dès que j’ai commencé à penser au prochain film, je me suis retrouvée dans la même instabilité, les mêmes doutes. Je me pose beaucoup de questions : comment vais-je faire ? Comment ai-je fait avant ?… Et puis ça repart.

Scénariste, comédienne, réalisatrice… Vous aimez cumuler ?

Tout dépend du sujet que j’écris. Je ne tiens pas spécialement à jouer ou être à tous les postes. D’ailleurs, dans mon prochain film, je ne jouerai pas.

Lorsqu’on est comédienne, n’est-ce pas handicapant de faire ses propres films ?

Ça effraie certains réalisateurs qui n’osent plus venir vers moi, certainement. D’un autre côté, faire un film prend tellement de temps que je ne vois pas comment je pourrais en prendre pour jouer.

Vous dites écrire, trouver un sujet sur le coup de la révolte… Qu’est-ce qui vous révolte aujourd’hui…
Oh, plein de choses. Mais par exemple, l’affaire DSK… Le voir revenir à Paris, souriant, saluant devant sa porte, aussi satisfait que moi lorsque je suis revenue de Cannes avec mon prix, je trouve ça choquant. Ça m’a semblé archi préparé. Par ailleurs, je ne prends pas parti car je n’étais pas à l’hôtel… heureusement !

Mais il y a de quoi être révolté… Rassurez-vous ce ne sera pas le sujet de mon prochain film !!! »

Propos recueillis par Jacques Brachet

Sortie le 19 octobre

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