télex 16 mars 2015 - page 6

TLX 1781 s 12 - Page 7
TLX 1781 s.12 - Page 6
POLITIQUE
Horace Lanfranchi,
président du Conseil général :
“Vivement la retraite“ ?
COMMENT SE PORTENT LES FINANCES DU DÉPARTEMENT ?
Les finances du Conseil général comme celles de nombreuses
collectivités sont mises à mal. Depuis dix ans le décalage
entre ce que le Conseil général verse aux bénéficiaires
d’aides sociales et le montant de la dotation de l’Etat pour
le financement de ces dispositifs, ne cesse de s’accroître.
L’Etat rembourse le Conseil général sur la base du nombre
d’allocataires d’il y a dix ans. Or rien que pour le RSA, ce
chiffre a augmenté de 10% en moyenne par an. Ainsi, la
non compensation par l’Etat à ce jour s’élève à plus de 900
millions d’€. C’est le contribuable varois qui finance ce
décalage entre dépenses obligatoires et recettes.
VOUS DÉNONCEZ LES EFFETS NÉFASTES
DE LA DÉCENTRALISATION ?
L’Acte 2 de la décentralisation me paraissait un acte majeur
en élargissant le champ d’action du Conseil général. Ce qui
est extrêmement grave, c’est que personne ne peut nier
l’importance du rôle du Conseil général dans le domaine
social. Ce qui est contestable, c’est le fonctionnement du
système aujourd’hui et son mode de financement
.
IMPASSE FINANCIERE
EST-CE L’IMPASSE FINANCIÈRE ?
C’est vrai que la situation financière du département est
délicate. Mais, comme l’a montré la Chambre Régionale
des comptes dans son analyse il y a quelques mois : les
difficultés auxquelles nous sommes confrontées ne sont pas
dues à la gestion du département mais aux conséquences
de l’Acte 2 de la décentralisation ! On a renforcé certaines
compétences, sans nous transférer les dotations nécessaires.
QUELLE ISSUE POUR LE DÉPARTEMENT ?
Je suis persuadé que la disparition du Département est
programmée. On constate que du côté du gouvernement,
c’est une valse-hésitation totale. Aujourd’hui, en tant que
futur retraité, j’ai une certaine liberté de parole. A mon avis,
en 2017, les régions, les métropoles auront d’importants
pouvoirs. De la même manière, les intercommunalités vont
monter en puissance. On ne se méfie pas, mais derrière
ce phénomène s’annonce la disparition programmée des
petites communes !
QU’EN EST-IL DE L’AVENIR DES DÉPARTEMENTS ?
Le gouvernement socialiste voulait créer des départements
ruraux à côtés des métropoles et donner des pouvoirs
supplémentaires à la région. On assiste au plus bel
enfumage que la République a créé. On discute encore des
futures compétences des départements.
Mais
comment
peut-
on discuter de l’avenir
d’une collectivité quand,
dans un même temps, on
programme sa disparition ?
Le gouvernement socialiste
a une dialectique fabuleuse.
Quel est l’intérêt de nouvelles compétences puisque le
département est condamné à disparaître. On assiste à un
enfumage dans un but électoral alors qu’il n’y a pas de
réelles réformes structurelles !
DES REGIONS PLUS FORTES
EN DONNANT DE PLUS GRANDS POUVOIRS
À DE GRANDES RÉGIONS ?
Cette réforme des régions, c’est uniquement pour donner des
gages à l’Europe. Comment peut-on laisser imaginer que ce
sont les départements qui ruinent notre pays !
On critique les collectivités locales, on les rend responsables
en partie de la dette publique.
Pourtant, les collectivités locales, elles, ne peuvent voter
leurs budgets en déficit. Seul l’État se le permet. Pour les
départements et les communes qui le
feraient, ce serait la mise sous tutelle
immédiate.
COMMENT L’ÉTAT
PEUT-IL SOUTENIR LES COLLECTIVITÉS
LOCALES COMPTE TENU DU DÉFICIT
DU BUDGET DE L’ÉTAT ?
Malgré la baisse de dotations de l’État,
nous devons, sans état d’âme, participer
à l’effort de redressement et assurer la
solidarité nationale. Mais l’Etat doit
aussi remettre à plat ses dépenses.
SERVICES PUBLICS
POURTANT LE CONSEIL GÉNÉRAL ASSURE DES MISSIONS
DE SERVICES PUBLICS ?
Les maisons du territoire ont vocation à être les maisons de
services publics. Les services publics de proximité, ce sont les
services départements et les services communaux. Les varois
y sont attachés. Ce n’est pas en supprimant un niveau mais
en renforçant les cohérences et les complémentarités.
Le département peut être solidaire avec une commune mais
ne peut se substituer à la commune.
QUELLE EST VOTRE PLUS BELLE RÉALISATION ?
La rénovation des 71 collèges sans oublier la construction
de gymnases ou encore l’amélioration de la qualité de la
restauration scolaire. Regardez aussi l’état de nos routes, on
peut en être fier. Nos investissements en matière culturelle
ont été considérables aussi. On s’est endetté de 700 millions
d’€ d’investissements, mais, en 2019, on retrouve une marge
de financement égale à 0, c’est à dire comme en 2002 !
Je suis fier également des maisons du territoire. J’aurais
aimé les rendre encore plus opérationnelles, qu’elles ne
le sont Le métier d’instituteur m’a aidé dans la fonction.
J’ai appris à écouter, on ne sort pas indemne d’une vie
d’enseignant. Je n’ai jamais cherché à être président du
Conseil général. C’est arrivé par
la force des choses en prenant
la succession d’Hubert Falco en
2002, touché par le cumul des
fonctions. Mes collègues ont
pensé que je pouvais faire
l’affaire. Quand vous
arrivez à la présidence du Conseil général, on ne
vous laisse pas le temps d’avoir des états d’âme.
BONNE CHANCE
A MON SUCCESSEUR
SUR LES ENJEUX DES ÉLECTIONS
DÉPARTEMENTALES ?
Je pense que nous allons rester majoritaires.
Le risque, c’est une très forte abstention.
Si les gens viennent voter alors nous pourrons
conserver la majorité. Mais avec
le charcutage électoral opéré
par les socialistes, on
s’y retrouve plus. Les
socialistes ont joué aux
apprentis sorciers.
QUI SERA VOTRE SUCCESSEUR ?
Des urnes sortira une nouvelle majorité qui aura la charge
d’élire un nouveau président. Je ne suis pas capable de
dire qui et d’imaginer un successeur plusieurs semaines
à l’avance. La seule voix qui compte, c’est celle des urnes.
Ensuite, ce sera le moment pour moi de dire quelle serait
ma préférence.
COMMENT ANALYSER LE SCRUTIN ?
C’est un moment fort de la démocratie locale.
C’est la défense des départements qui est aussi en jeu !
Il faut se mobiliser pour que les gens viennent voter le 22 et
le 29 mars. Si on veut avoir le droit de râler, il faut aller
voter, mais pas sur un mouvement d’humeur « parce que
ce sont tous les mêmes » Mais il s’agit bien du contraire !
Nous ne sommes pas tous les mêmes ! Il y ceux qui bâtissent,
ceux qui travaillent, qui donnent beaucoup de leur temps
pour que notre société soit plus juste. Et il y a les autres !
Pour conclure, le président du Conseil général a confié à
TÉLEX qu’il allait profiter de sa retraite... pour lire quelques
livres qu’il avait en retard et qu’il allait se replonger dans les
œuvres de grands auteurs français. Une retraite qu’il compte
active malgré tout, car il lui reste ses responsabilités d’élu local
en tant que 1
er
adjoint maire de Saint-Maximin-la-Sainte-
Baume. Mais une retraite qui ne l’obligera plus à partir très
tôt de chez lui le matin pour échapper aux embouteillages
de Toulon !
Chaque matin, le président arrivait à 7 heures 45 à son bureau
du Conseil général. Une retraite qui lui permettra
de parler encore et toujours de sa...
grand-mère, sujet sur lequel il est
intarissable ! « Attention au Front »
sera son dernier avertissement
en tant que président du
Département. Bonne retraite
Horace !
Propos recueillis par
Gilles Carvoyeur
et Jean-Pierre Gastebois
Président du Conseil général du Var depuis 2000, soit quinze
ans à la tête de l’institution, Horace Lanfranchi tourne la
page puisqu’il ne se représente pas aux prochaines élections
départementales, aspirant désormais à une retraite paisible
loin du tumulte de la vie politique.
Pour son dernier entretien à la presse, il se confie à TÉLEX,
s’exprimant sur les enjeux des élections départementales et
sur l’avenir du Département.
un moment fort
de démocratie
“mais attention au Front !“
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